Rechercher
  • Frédéric Boucher

Tout (ou presque) des enregistrements de Samson François en 54 CD et 1 DVD

Mis à jour : sept. 21

Warner classics a l'excellente idée de publier début octobre une quasi intégrale des enregistrements de Samson François en 54 CDs avec quelques inédits comme un récital au Japon datant de 1969 et l’un de ses derniers récitals, celui à Nohant en 1970. À quoi s'ajoute un documentaire en DVD réalisé par Maximilien François, le fils du pianiste.


Samson François fut un pianiste hors norme à la personnalité fantasque et charismatique, qui nous a laissé en peu d'années une quantité impressionnante d'enregistrements de Bach, Mozart, Beethoven, Mendelssohn, Chopin, Schumann, Liszt, Franck, Fauré, Debussy, Ravel, Bartok, Prokofieff... lesquels sont tous marqués par ce « don d’aller au cœur de la musique et de faire résonner quelque chose qui est au-delà de l’intelligence du texte, de la musicalité, du toucher » pour reprendre les termes si justes de Michel Bouquet.


Élève d'Alfred Cortot et d'Yvonne Lefébure puis de Marguerite Long pour le piano, de Nadia Boulanger pour l’écriture, premier Prix du premier Concours Long-Thibaud en 1943, après avoir joué deux ans plus tôt à l’âge de dix-sept ans et avec une fougue qui émerveilla le public le premier Concerto de Liszt sous la direction d'un Eugène Bigot ébloui, la carrière de Samson François démarra sur les chapeaux de roue au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Sa vie fut alors un immense tourbillon où les intenses tournées de concerts en France et dans le monde entier (Europe, URSS, Japon, Chine où il fut en septembre 1964 le premier pianiste occidental invité par le régime communiste, Afrique du Nord, Turquie, Egypte, USA, Mexique…) se conjuguèrent avec son amour de la littérature et notamment des poètes comme Baudelaire, Rimbaud, Breton, Michaud, Ionesco..., avec sa passion pour la peinture surréaliste, avec sa forte attirance pour le jazz passant des nuits entières à écouter dans les clubs de jazz les grands artistes de l’époque dont la musique s’imprégnait en lui, avec ses désirs de composition d’œuvres pour le concert (un concerto pour piano, Magies noires…) ou pour le cinéma (Ballade pour un voyou…). Détestant les contraintes et la routine, refusant de s’épargner et de se protéger, considérant que « n’aime pas la vie celui qui se sert de la vie pour un but autre que celui d’être vivant », il brûla toutes ses forces en à peine vingt-cinq ans de carrière et s’effondra d’un infarctus en 1970 à l’âge de quarante-six ans.


Samson François aimait jouer avec le feu et avait gardé une imagination d’enfant. « Le clavier s'illuminait sous les doigts de Samson François » disait Jean Roy dans son très beau livre sur le pianiste. Jouer du piano a toujours été pour lui un plaisir constamment renouvelé et jamais il n’a joué une œuvre autrement qu’en la vivant pleinement et en s’investissant à chaque fois avec la même ardeur. Voici quelques phrases qu'il avait notées dans l'idée d’écrire une méthode et qui résument son approche si poétique : « Le toucher doit être amoureux » « Par les doigts s’échappe la musique » « Ne jamais jouer pour bien jouer » « Chaque doigt est une voix qui chante »


Frédéric Boucher, pour le Mag’ d’Holmès, 19 septembre 2020




54 vues

©2019 by Académie Musicale Augusta Holmès. Proudly created with Wix.com