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  • Frédéric Boucher

Tchaïkovski et Piazzolla par le Trio Bohème

Lorsqu’en 1875, la revue moscovite Le Nouvelliste propose à Tchaïkovski de lui faire parvenir pendant chaque mois de l’année 1876 une page pour piano, le compositeur, qui se débat dans de grosses difficultés financières, accepte la commande sans hésiter. On aurait pu craindre que s’astreindre à écrire une œuvre par mois bride l’inspiration et que de cette contrainte naîtraient des pièces de circonstances que la postérité oublierait aussitôt. Il n’en fut rien. Ces douze pièces, éditées plus tard sous le titre Les Saisons, forment une suite très appréciée qui exhale cette mélancolie slave à l’origine de tant de chefs-d’œuvre ; mélancolie certes mais non dénuée d’une lumière douce qui ensoleille l’âme. La transcription pour trio présentée dans ce CD, due au compositeur russe d’ascendance germanique, Alexandre Goedicke (1877-1957), offre de ces pages une vision lyrique et soyeuse.


La deuxième œuvre proposée est d’Astor Piazzolla. Son titre, Les Quatre Saisons à Buenos Aires, fait écho aux fameuses Quatre Saisons de Vivaldi qui respiraient l’Italie autant que celles de l’Argentin respirent l’Amérique latine. Placées ici à la suite des pièces du compositeur russe, elles proposent un contraste et des affinités tout aussi intéressants : opposition et corrélation. Elève d’Alberto Ginastera puis de Nadia Boulanger qui l’incita à donner ses lettres de noblesse à la musique sud-américaine, Piazzolla a aujourd’hui une place de choix dans le répertoire des musiciens classiques. C’est pour son Quinteto Nuevo Tango fondé par Piazzolla en 1960 que ces quatre mouvements furent composés entre 1964 et 1970. La transcription pour trio avec piano a été réalisée en toute connaissance de cause par Jose Bragato, violoncelliste des ensembles de Piazzolla et dont on ne peut douter de la loyauté. Bien que non exempte d’une tristesse étouffée, celle que l’on ressent dans les pays chauds lorsque le soleil est à son zénith, ces compositions à l’écriture raffinée débordent d’une vitalité euphorisante qu’insuffle le rythme envoûtant du tango.


Les trois musiciens du Trio Bohème, concertistes internationaux aguerris à la musique de chambre, donnent une interprétation généreuse, pleine de charme et de poésie. A noter que ce CD a été superbement enregistré chez Stephen Paulello, avec son piano désormais célèbre, l’ « opus 102 » qu’il a construit dans l’objectif de rendre l’instrument à la fois plus puissant et plus sensible aux plus subtiles nuances de toucher des pianistes-musiciens.


Frédéric Boucher, pour Le Mag' d’Holmès, 05 novembre 2019




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