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  • Frédéric Boucher

"Nuit exquise", un CD de mélodies et Lieder par Alice Ferrière et Sascha el Mouissi

La mélodie et le Lied sont des genres musicaux souvent délaissés du grand public. Le disque de la mezzo-soprano Alice Ferrière et du pianiste Sascha El Mouissi a tous les ingrédients pour susciter l’intérêt pour ces poèmes chantés.


Schumann est le musicien du romantisme littéraire, de cette littérature romantique allemande dominée par Goethe, Schiller, Novalis, Eichendorff… qui exalte la nature, les voyages, les aventures fantastiques, la mort, la folie et bien-sûr la nuit, thème central de ce CD. De cet univers si particulier et propre à exciter les imaginations les plus fertiles, Schumann va créer le pendant musical. S’il compose de nombreuses œuvres pour le piano, son instrument, il est naturellement attiré par le Lied où il peut associer la musique à sa passion pour la poésie. Les Lieder op.90, composés sur des poèmes de Lenau, poète de la nostalgie et du désespoir, datent de la fin de la vie de Schumann et l’atmosphère sombre illustre bien l’état psychologique du compositeur trois ans avant que l’internement ne devienne une nécessité.


Les Nuits d’été d’Hector Berlioz sont le deuxième grand cycle du programme. Écrites en 1838 sur des poèmes de Théophile Gautier, ces mélodies, si elles furent orchestrées plus tard par le compositeur, ont été composées initialement pour chant et piano, c’est-à-dire dans la version présente sur ce CD. Sachant l’engouement de Berlioz pour Beethoven, on peut imaginer, à l’instar d’Elisabeth Brisson, que ce cycle de six mélodies fait référence au cycle de six Lieder de Beethoven An die ferne Geliebte. Très éloignées des romances un peu niaises en vogue dans les salons parisiens de l’époque, les Nuits d’été peuvent être considérées comme l’acte de naissance de ce qu’on appelle « la mélodie française ». Pour Michel Chion, « leur inspiration mélodique est d’une originalité et d’une ampleur saisissantes, quasi wagnériennes, […] avec des virages surprenants de la mélodie refusant de se plier aux cadres cadentiels conventionnels, un phrasé immensément large. » Une fois encore s’est exprimé le génie novateur de Berlioz.


A côté de ces deux cycles, Alice Ferrière et Sascha El Mouissi nous proposent des mélodies de compositeurs célèbres comme Richard Strauss, César Franck, Claude Debussy mais les interprètes nous font également découvrir des œuvres inconnues de Nadia Boulanger et d’Irène Poldowski, et nous offrent deux mélodies de ce compositeur si attachant qu’était Reynaldo Hahn et dont j’ai parlé dans un article publié il y a quelques années dans aubonheurdupiano.com.


La voix chaude et expressive d’Alice Ferrière, autant à l’aise dans les Lieder que dans les mélodies, et l’accompagnement ductile et sensible de Sascha El Mouissi nous emportent avec bonheur dans les pérégrinations imaginatives de ces poètes et compositeurs fascinés par le monde énigmatique de la nuit.


Frédéric Boucher, pour Le Mag’ d’Holmès, 30 mars 2020



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