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  • Frédéric Boucher

Le piano intime de Granados par Myriam Barbaux-Cohen

Avec Isaac Albeniz et Manuel de Falla, Enrique Granados (­1867-1916) fut l’un des premiers compositeurs espagnols à intégrer dans la musique classique les particularités esthétiques de la culture ibérique. Granados a étudié le piano à Barcelone avec Joan Baptista Pujol, considéré comme le créateur de ce qu’on a appelé l’école de piano catalane qui insistait sur la clarté, la recherche des couleurs et la maîtrise de la pédale. Après un bref séjour à Paris, Granados, de retour à Barcelone, s’intéressa à la culture catalane, édita ses premières œuvres, donna de nombreux concerts, fit jouer son premier opéra, et créa l’Académie Granados consacrée à l’enseignement du piano. Sa passion pour Goya qu’il considérait être « le génie représentatif de l’Espagne » l’incita à écrire quelques années plus tard une suite de sept pièces intitulée Goyescas. Créée en 1911 au Palacio de la Música Catalana, l’œuvre fut jouée à Paris en 1914 à la Salle Pleyel et rencontra un tel succès que l’Opéra de Paris lui commanda un opéra. La déclaration de guerre mit un terme à ce projet mais le Metropolitan Opera de New York accepta de créer l’œuvre. C’est au retour de son voyage à New York via l’Angleterre que le bateau qui le ramenait en Espagne fut torpillé par erreur le 24 mars 1916 par un sous-marin allemand.


Ce CD de Myriam Barbaux-Cohen, publié par Ars Produktion, propose des œuvres pour piano couvrant toute la période créatrice de Granados, depuis les Cartas de amor de 1892, soit peu de temps après son retour à Barcelone, jusqu’au Libro de horas de 1913, juste après les Goyescas, en passant par les Escenas poéticas, les Valses poeticos et l’Allegro da concierto. Avec en bis, l’Oriental, petit bijou extrait des Danzas espagnolas. Ce programme permet de découvrir ou redécouvrir l’imaginaire de ce compositeur dont on a dit, en raison de son goût pour les pièces de caractère intime, qu’il était le Grieg espagnol. Le travail sur le son que réalise ici la pianiste Myrian Barbaux-Cohen traduit avec pudeur le raffinement de l’harmonie, la torpeur des après-midi chaudes et baignées de soleil, la poésie mélancolique de l’âme espagnole.


Frédéric Boucher, pour le Mag’ d’Holmès, 12 avril 2020


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