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  • Frédéric Boucher

La Missa Solemnis de Beethoven, à l'occasion de la réédition de la version Karajan de 1966

La Missa solemnis, ou Messe en ré, « la plus grande œuvre que j’ai écrite jusque-là » pour reprendre les termes de Beethoven à son éditeur, est une œuvre d’une dimension exceptionnelle à plusieurs égards, à commencer par sa durée de quatre-vingts minutes.


C’est au cours de l’année 1817 que Beethoven, animé d’une ferveur nouvelle, imagine une symphonie dans le caractère religieux avec la participation de chœurs. Finalement, ce projet va se scinder en deux, la Missa Solemnis d'une part, la 9ème symphonie d'autre part. A la faveur de la cérémonie prévue en 1820 pour l’intronisation de l’Archiduc Rodolphe en tant qu’archevêque d’Olmütz, Beethoven décide de composer une messe. Il cherche d’abord à l’écrire en plain-chant puis s’inspire du Messie de Hændel, compositeur qu’il affectionne particulièrement. Au cours de ses séjours estivaux à Mölding, Beethoven travaille à sa Messe mais l'avancée est lente tant il se concentre sur chaque détail et l’œuvre n’est pas achevée pour la cérémonie. Engagé corps et âme dans la construction de cet édifice, il en continue cependant la composition en s’attachant particulièrement au texte et sa scansion. Enfin, aux derniers mois de 1822, la Messe est terminée et il se consacre alors à sa 9ème symphonie.


L’heure de la création de la Missa Solemnis est arrivée mais Beethoven essuie un refus catégorique des autorités interdisant qu’une œuvre religieuse soit jouée en concert. C’est lors de la première audition de la 9ème symphonie, le 7 mai 1824, que Beethoven propose en première partie le Kyrie, le Credo et l’Agnus Dei de la Messe annoncés comme Trois Hymnes.


La Missa Solemnis est une œuvre qui, par sa forme et son esprit, rompt avec tous les principes antérieurs. Tout comme dans les dernières sonates achevées à la même période et dans les derniers quatuors qui viendront juste après, la structure et l’écriture sont réinventées pour s’adapter aux plus près des besoins créatifs qui vont au-delà du postulat liturgique. Comme l’écrit si justement André Boucourechliev, « La voix qu’elle fait entendre est la voix triomphante de l’homme, loin de l’effacement, de l’humilité, du renoncement, voix de l’homme créateur, maître d’œuvre qui impose au texte sacré les images de son expression personnelle. » Et c’est en tête de la Missa Solemnis que Beethoven écrivit ces mots désormais appliqués à toute son œuvre : « Venue du cœur, qu’elle aille au cœur ».


Herbert von Karajan était très attaché à cette œuvre qu’il a enregistrée à de nombreuses reprises. Sa version de 1966 remasterisée vient d’être rééditée chez Deutsche Grammophon. Karajan dirige l‘Orchestre Philharmonique de Berlin et le Wiener Singverein, avec un quatuor de solistes qui réunit les plus grandes voix de l’époque : Gundula Janowitz, Christa Ludwig, Fritz Wunderlich et Walter Berry.


Frédéric Boucher, pour Le Mag' d'Holmès, 30 avril 2020




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