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  • Frédéric Boucher

La Huitième symphonie de Mahler avec Valery Gergiev et l'Orchestre Philharmonique de Münich

Alors qu’il passe ses vacances dans sa propriété du sud de l’Autriche, en cet été 1906, Gustav Mahler a bien l’intention de se reposer et aucun projet de composition ne l’attend pour une fois sur son bureau. Mais cette résolution vacille rapidement lorsque le thème du Veni Creator, hymne grégorien de Pentecôte écrit au IXème siècle, l’inspire soudain. Et c’est avec une énergie débordante qu’il compose en huit semaines cette monumentale symphonie pour huit solistes, double chœur, chœur d’enfants et orchestre, soit un effectif de mille trente musiciens. L’impresario Emil Gutmann la surnommera Symphonie des mille bien que le compositeur ait manifesté son opposition à une quelconque désignation.


La première, basée sur le thème du Veni Creator, est écrit dans un style polyphonique d’esprit baroque tandis que le deuxième mouvement, deux fois plus long, est une mise en musique romantique, « dans le caractère d’un oratorio », ainsi que le dira Mahler lui-même, de la scène finale du Second Faust de Goethe. De ces deux mondes si différents, Mahler, en réutilisant dans la deuxième partie des motifs de la première, réussit à créer une unité inattendue.


« Acte de foi et d’amour », comme le souligne Henry-Louis de La Grange, le célèbre biographe de Mahler, cette œuvre gigantesque (presque quatre-vingt-dix minutes) est sans nul doute la plus optimiste de la production mahlérienne. Mahler, peu de temps après l’avoir achevée, la considéra comme « la plus grande chose que j’ai faite jusqu’à présent », et il la décrivit comme un « univers [qui] commence à retentir et à vibrer », ajoutant qu’elle « était une grande dispensatrice de joie ».


La création eut lieu le 12 septembre 1910 à Münich après d’infinis tracas, Mahler étant décidé à ne faire aucune concession de peur de gâcher l’exécution de son œuvre à laquelle il tenait temps. Trois mille quatre cents personnes avaient fait le déplacement, dont Max Reger, Richard Strauss, Camille Saint-Saëns, Thomas Mann, Stefan Zweig, Bruno Walter, Oscar Fried, Max Reinhardt… Lorsque la dernière note se fut évanouie, un tonnerre d’applaudissements dura pendant vingt minutes. C’était un triomphe comme Mahler n’en avait jamais connu. Il avait cinquante ans et c’était là la consécration de sa carrière.


C’est le 17 janvier prochain que sortira, chez Warner, la dernière version de cette symphonie par Valery Gergiev et l’Orchestre Philharmonique de Münich avec comme solistes Katharina Magiera, Claudia Mahnke, Regula Mühlemann, Michael Nagy, Evgeny Nikitin, Simon O’Neill, Simone Schneider et Jacquelyn Wagner.


Frédéric Boucher, pour Le Mag d'Holmès,13 janvier 2020



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