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  • Frédéric Boucher

Les Quatuors de Beethoven, à l'occasion de l'intégrale réalisée par le Quatuor Ébène


Le quatuor à cordes, ce sont deux violons, un alto et un violoncelle, c’est « une conversation entre les quatre voix d’une même âme » pour reprendre la célèbre formule de Romain Rolland. Sonnant comme un seul instrument à l’ambitus très large (cinq octaves et demie) mais avec les couleurs propres à chaque instrument, le quatuor à cordes offre une sonorité générale d’une richesse stimulante pour les compositeurs. C’est avec Boccherini, Haydn et Mozart que le quatuor à cordes prit ses lettres de noblesses. Mais celui qui porta ce genre au point d’en faire une référence absolue, c’est incontestablement Beethoven avec ses seize quatuors, dix-sept si l’on comprend la Grande Fugue.


C’est à l’âge de trente ans que Beethoven se lance dans l’écriture de son premier quatuor. Et petit à petit, jusqu’au dernier, achevé à l’été 1826, soit quelques mois avant sa mort en mars 1827, Beethoven va s’épanouir dans ce genre musical, écrivant des œuvres d’une étonnante modernité et qui, du reste, ne furent pas toutes comprises de son vivant. Si les premiers opus démontrent une personnalité lui permettant de se démarquer de ses aînés, c’est avec l’opus 59, les six quatuors dédiés à Razumovski, lesquels, « s’élancent vers de nouveaux horizons portés par une pensée visionnaire et une énergie conquérante » comme l’écrit si justement Bernard Fournier, que Beethoven va laisser éclater son génie en jouant avec les structures rythmiques, les jeux de timbres, l’évolution des formes et les oppositions parfois violentes, construisant ainsi des œuvres d’art d’une dimension exceptionnelle, avec pour aboutissement, les derniers quatuors, de l’opus 127 à l’opus 35. On n’entre pas dans cet univers de la même manière que dans celui des symphonies ou des sonates pour piano. Il s’agit d’un monde intérieur dans lequel l’âme humaine se dévoile dans toute sa complexité, dans tous ses paradoxes, dans tous les méandres de sa sensibilité, dans toute la diversité de ses doutes, de ses espoirs, de ses désespoirs, de ses aspirations, de ses accablements, de son idéal.


A l’occasion du deux cent cinquantième anniversaire de la naissance de Beethoven, le quatuor Ébène vient de faire paraître chez Erato (Warner Classics) une intégrale des seize quatuors ainsi que la Grande Fugue. Entre avril 2019 et janvier 2020, ces quatre musiciens, qui fêtent cette année le vingtième anniversaire de leur ensemble, ont donné en concert cette intégrale une quarantaine de fois dans dix-huit pays, around the world. Ainsi que l’écrivait Michel Le Naour dans concertclassic.com à l'issue d'un de leurs concerts, « Sentiment d’urgence, vision orchestrale, construction tendue comme un arc, virtuosité : les Ebène nous tiennent de bout en bout en haleine. »


Frédéric Boucher, pour Le Mag’ d’Holmès, 6 avril 2020




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