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  • Frédéric Boucher

François-Xavier Roth et Les Siècles célèbrent Berlioz


L’année Berlioz se termine. Berlioz « fut, pour reprendre les mots de Romain Rolland, l'incarnation même du génie romantique : une force déchaînée, inconsciente du chemin qu'elle suit. » Curieusement, il continue, encore à l'heure actuelle, à faire polémique, principalement en France, semble-t-il. Les réserves, ou plus exactement les critiques sévères qu'on émet à son encontre, tiennent incontestablement à son originalité. Berlioz n'est pas un compositeur comme les autres ! « Je suis un Attila qui vient ravager le monde musical » écrit-il en 1830.


Il faut dire que le personnage n'est pas banal non plus, comme en témoigne son attitude excessive qui transparaît dans ses écrits, comme, par exemple, lorsqu’il évoque, dans A travers chants, ce qu’il ressent à l’écoute d’une musique qui l'enthousiasme : « l'émotion croissant en raison directe de l'énergie ou de la grandeur des idées de l'auteur, produit bientôt une agitation étrange dans la circulation du sang ; mes artères battent avec violence. [...] En ce cas, ce sont des contractions spasmodiques des muscles, un tremblement de tous les membres, un engourdissement total des pieds et des mains, une paralysie partielle des nerfs de la vision et de l'audition, je n'y vois plus j'entends à peine ; vertige... demi-évanouissement... » Mais, comme le souligne Emmanuel Reibel dans Hector Berlioz 1869-2019, 150 ans de passions, « De nombreux stéréotypes s'attachent aujourd'hui à la figure de Berlioz : l'échevelé, excentrique et exalté, le chef fougueux à l'autorité impérieuse, le compositeur maudit ou encore le solitaire en proie au spleen. » Oublions donc le personnage et concentrons-nous sur l'essentiel : son œuvre.


Berlioz est certainement le seul compositeur de l'histoire de la musique à ne pas avoir maîtrisé un instrument. Cette particularité lui confère un sentiment de liberté grâce à quoi son imagination débordante va pouvoir l'entraîner dans des chemins nouveaux. Et il ne perd pas de temps : à l'âge de trente-cinq ans, il a déjà écrit la Symphonie fantastique, Harold en Italie et le Requiem. La modernité de Berlioz et son besoin de liberté n'échappent pas à celui qui, de son clavier, opère lui aussi, au même moment, une révolution majeure : Franz Liszt, ébloui, réalise une transcription pour piano seul de la Symphonie fantastique qu'il va interpréter sur les grandes scènes européennes.


Ce qu'il y a de frappant chez Berlioz, c'est sa volonté farouche de mettre les moyens musicaux en accord avec ses besoins expressifs très précis. Les formes musicales en usage ne lui conviennent pas ? Il va en inventer qui répondront à ses attentes : le poème symphonique (Le Roi Lear, son opus 4), la symphonie dramatique soit avec instrument principal (Harold en Italie), soit avec chœurs et solos de chant (Roméo et Juliette). Les principes d'orchestration de ses contemporains ne l'aident pas à rendre les effets qu'il désire ? Il va se soucier comme personne avant lui du coloris orchestral, de la combinaison des timbres, et exploiter les progrès de la facture instrumentale - la flûte, le hautbois, le basson, le cor, la harpe connaissent des changements profonds - ; il ira même jusqu'à écrire un Traité d'orchestration. Là encore, son unique obsession est d'utiliser cet incroyable outil qu'est l'orchestre pour traduire le plus précisément possible ses désirs expressifs, quitte à chambouler les traditions. Rien n’arrête Berlioz dont la sincérité est totale. « Berlioz, disait Barbey d’Aurevilly, c’est la combustion spontanée ».


Et c’est avec génie qu’il va créer à sa mesure, voire à sa démesure, une musique extrêmement personnelle qui comprend des pages magnifiques : La Symphonie fantastique (1830), Harold en Italie (1834), Roméo et Juliette (1839), Le Carnaval romain (1836-1837/1843-1844), Le Requiem (1837), La Damnation de Faust (1845-1846), L'Enfance du Christ (1850-1854), Les Troyens (1856-1858), L’ouverture Béatrice et Bénédict (1862)… Mais cette volonté d'expérimentation dans des domaines autre que l'harmonie explique sans doute l'indifférence voire l'hostilité qu'il suscite hélas encore de nos jours.


Si par le passé de nombreux chefs ont réalisé de mémorables enregistrements de l’œuvre de Berlioz (Münch, Monteux, Davis…), c’est François-Xavier Roth qui, à l’occasion de ce 150ème anniversaire de la mort de Berlioz, nous a offert cette année, avec le talent et la ferveur admirables qu’on lui connaît, deux CDs remarquables qui contiennent La Symphonie fantastique, Harold en Italie et Les Nuits d’été.


Frédéric Boucher, pour Le Mag' d'Holmès, 10 novembre 2019



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