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  • Frédéric Boucher

Danses magyares, Œuvres pour piano de Kodály, Weiner et Farkas par Emmanuelle Moriat

« Je voudrais vous conter l’histoire de ces hommes et de ces femmes, en ces pays magyars, à une époque où la vie était rythmée par des chants et des danses. » Ainsi commence l’introduction de la pianiste Emmanuelle Moriat au livret de son dernier CD, Danses magyares, publié chez Polymnie. Et cette déclaration aurait pu très bien être signée Béla Bartók ou Zoltán Kodály, ces deux compositeurs qui au début du XXème siècle parcoururent les campagnes de leur Hongrie natale d’alors (les frontières ont depuis modifié l’appartenance nationale de certaines régions) afin d’inventorier les chants populaires. Travail titanesque où les premiers phonographes à cylindres leur ont permis d’enregistrer les chants ancestraux de ces paysans d’un autre temps.


Emmanuelle Moriat, dont le précédent CD s'intitulait Escale en pays magyar (voir mon article dans aubonheurdupiano.com), s’intéresse de près à cette musique peu présente dans les programmes habituels des concerts, et ses voyages à Budapest lui ont permis d’avoir accès à des documents soit sonores soit filmés qui restituent avec émotion toute la richesse de ce folklore populaire aujourd’hui disparu.


Dans ce nouveau CD axé sur la danse, on y découvre des compositeurs hongrois comme Leó Weiner et Ferenc Farkas qui, sans avoir participé aux travaux d’ethnographie musicale de leurs deux illustres compatriotes, ont néanmoins intégré des éléments caractéristiques des danses paysannes de leur pays. On retrouve naturellement Zoltán Kodály dans plusieurs pièces dont les deux cycles fameux, les Danses de Marosszék et les Danses de Galánta (ici dans la transcription de Jenö Kenessey), composés respectivement en 1927 et 1933, et qui devraient s’inscrire plus régulièrement dans le répertoire des pianistes tant leur inspiration et leur écriture les installent dans les hautes sphères de la littérature pour piano.


Cette passion que nourrit Emmanuelle Moriat pour ce répertoire, sorte de confluence entre la musique folklorique et la musique occidentale, imprègne l’interprétation des quinze pièces qui composent ce CD, et nous revient alors en mémoire cette phrase de Wilhelm Furtwängler : « Il n’a jamais existé une musique vraiment grande qui ne soit en quelque manière rattachée au peuple ».


A noter que c’est sur l’ « opus 102 », piano imaginé et construit par Stephen Paulello, qu’ont été enregistrées ces œuvres dans de très bonnes conditions acoustiques.


Frédéric Boucher, pour Le Mag’ d’Holmès, 18 décembre 2020



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